Quelle belle idée !
Le monde du travail
Pourquoi embaucher un élève en échec scolaire est une bonne idée
Cet article ne vise pas à valoriser les délinquants. En le publiant, nous cherchons à vous inviter, en tant qu’entrepreneurs, à poser les bonnes questions, changer de regard sur le risque et le temps consacré à l’étude du mauvais dossier.
Un système scolaire n’est qu’un concept parmi d’autres et tout le monde n’a pas la chance de pouvoir évoluer dans des conditions optimales. La vie n’est pas un long fleuve tranquille et certains ont par leur nature ou par les circonstances plus du mal que d’autres à s’adapter au monde dans lequel nous vivons et les raisons sont diverses allant de problèmes familiaux à un mauvais cadre pédagogique aux “troubles d’apprentissage”.
Il a des compétences.
-> Les compétences pratiques sont souvent négligées à l’école - en France
L’école n’est pas la vie. Le savoir n'est pas né à l'école.
La vie est l’école.
L’école classique met l’accent sur les compétences académiques, théoriques (soit les mathématiques, langues, sciences) et suit des méthodes d’apprentissage standardisées qui ne peuvent pas convenir à tous les élèves.
Le système scolaire classique est fait pour former des profiles qui fonctionnent dans ce même système hiérarchique supérieur; travailleurs, fonctionnaires. L’école n’est pas faite pour former des entrepreneurs, ni pour aider toute personne à trouver sa voie et s’épanouir dans la vie. Son rôle est d’équiper les êtres humains d’une société avec un minimum de compétences afin qu’ils puissent contribuer au système et devenir autonome dans ce système, sans besoin d’aide.
Visuel créé par une IA : des jeunes recrutés malgré l’échec scolaire
L’écart entre l’âge moderne et l’application des méthodes d’antan
La quasi-totalité des élèves de nos jours est habituée au monde virtuel de gratification immédiate mais doit apprendre des matières souvent jugées inintéressantes par les élèves, en classe souvent bruyant, par le biais de moyens analogues, lentes, non interactifs, non intuitifs selon des méthodes peu valorisantes la créativité ni la diversité des approches.
Si on lève la tête et regarde tout en haut où sont inventées, formulées et décidées les visions et améliorations, on a l’impression que l’école est déjà aujourd'hui moderne, compréhensive et un endroit sûr qui permet à [presque] chacun d’évoluer dignement. La réalité n’est pas partout la même pour le moment. En France, elle ne répond pas ou pas assez aux besoins des profils d’apprenants (visuel, auditif, kinesthésique = voir, entendre, toucher) ce qui pourrait s’avérer extrêmement difficile pour certains élèves.
Un taux d’élèves de plus en plus important a des facilités plus marquées pour les tâches pratiques, la résolution de problèmes concrets ou les compétences manuelles. Ces compétences sont un atout majeur recherché dans de nombreux métiers dont évidemment l’artisanat mais aussi la vente ou les métiers techniques où les qualités pratiques surclassent les performances académiques.
Les raisons d’échec scolaire sont multiples et si on veut chercher des coupables on en trouvera sur les deux côtés, à taux inégal, certes. Cela peut commencer par des problèmes familiaux ou sociaux, des particularités de nature pathologique ou non non prises en compte en établissement (notamment les “troubles d’apprentissage” plus ou moins forts liés au TDA/H, DYS, TSA ou même le HPI) ainsi qu’au harcèlement, toujours assez difficile à détecter, et un manque de confiance en soi d’autre nature que le harcèlement.
Visuel créé par l’IA d’un jeune en échéc sco
Voici quelques critères à considérer avant de juger et mettre à l’écart les élèves qui ont échoués à l’école :
1. La capacité d’accepter la déception : innover sur la défaite
L’échec est une invitation à faire mieux la prochaine fois. No (non, en anglais) n’est pas fatal mais veut dire « next option » (prochaine occasion). Or, concernant le parcours scolaire il est plus difficile de retenter sa chance surtout si c’est dans le même contexte.
Ce que nous pouvons déduire dans cet article est que les élèves ayant vécu l’échec scolaire ont forcément appris de vivre avec les résultats qui n’ont pas su tourner en leur faveur la première fois. Ils ont appris de se remettre en question, d’analyser le problème et d’accepter la déception pour avancer et trouver leur place dans une nouvelle organisation. Bien que cela parait évident et vrai pour tout le monde, vivre avec un échec si essentiel demande un travail personnel particulièrement intense et tout le monde n’a pas l’occasion d’apprendre à se mettre en question, surtout pas si jeune.
Avoir vécu une situation personnelle très difficile forme une personnalité et peut en faire un salarié fort qui saura garder son calme bien mieux que d’autres face à des difficultés.
2. Un regard différent. Une diversité précieuse
Les jeunes en échec scolaire ont souvent un parcours de vie différent et une vision alternative de la réussite. Intégrer des profils non académiques non-performants dans un système rigide non intuitif comme celui d’éducation scolaire pourrait, en revanche, permettre à l’entreprise de diversifier et ainsi enrichir son équipe avec des perceptions ou idées différentes. Un regard neuf et inintimidé (pardon my French, je n’ai pas encore trouvé mieux pour exprimer en un seul mot le contraire d’effarouché, effrayé, laissé inintimidé) aide à repenser les processus, identifier des pistes d’amélioration ou à mieux comprendre une clientèle variée.
Même si la vie est faite ainsi il n’est pas juste de juger ou rejeter une personne uniquement par ses réussites ou ses échecs sans connaitre le contexte, les raisons.
3. La rage de réussir : la motivation, la résilience
Les élèves ayant vécu l’échec scolaire potentiel, partiel ou entier développent souvent une certaine résilience. Ces personnes sont confrontées beaucoup plus tôt que les copains de leur classe d’âge à une situation qui demande poser des questions essentielles et personnelles.
Leur difficulté à réussir dans un cadre rigide tel qu’on le trouve dans le monde scolaire peut les pousser à aller plus loin : développer une détermination et une capacité à rebondir face à l’échec en employant des méthodes plus créatives, en analysant la situation, ses propres besoins, pour ensuite trouver d’autres réponses est une capacité précieuse dans le monde professionnel à n’importe quel niveau. L’envie, voire la rage de donner tort à ceux qui ne croient ou croyaient pas en eux, l’envie de réussir dans un environnement nouveau où ils se sentent mieux peut les transformer en collaborateurs très agiles, particulièrement motivés et engagés.
4. Le savoir-être : l’intelligence émotionnelle et les compétences sociales
Ces jeunes ont développés ou développent des compétences sociales qui passent inaperçues ou ne sont pas ou très peu valorisées dans le cadre scolaire mais qui s’avèrent essentielles en entreprise.
Ils apprennent souvent beaucoup plus tôt que certain d’autres à accepter, comprendre et gérer les émotions, à se montrer empathiques, travailler en équipe ou à gérer des situations de conflits. Ces qualités humaines sont appréciées dans des environnements professionnels où la collaboration et la communication sont centrales.
Et si ici j’applique le verbe apprendre, c’est parce qu’ils le comprennent comme quelque chose de profond et ne le voient pas juste comme une question d’éducation voire de comportement : être & avoir.
5. Des compétences acquises sur le terrain
Un taux à ne pas négliger des personnes qui n’ont pas réussi en milieu scolaire développent ou possèdent déjà depuis leur plus jeune âge des compétences « de terrain ». Ces compétences sont acquises par de l’expérience, de l’observation, du travail manuel ou de petits jobs qui les ont familiarisés avec le monde du travail.
Aristote l’avait déjà remarqué il y a bien longtemps : Ce que nous devons apprendre à faire, nous l’apprendrons en le faisant.
Certaines personnes n’apprennent qu’en pratiquant, ce qui peut être un avantage pour l’entreprise qui ose embaucher un jeune en échec scolaire ou avec de mauvais résultats car il arrivera déjà « prêt à l’emploi » en état opérationnelle avec une expérience parfois impressionnante.
L’œuvre d’une IA illustrant les bienfaits d’embaucher des élèves en difficulté scolaire.
6. L’esprit entrepreneurial
Certains élèves en échec scolaire ont des profils atypiques et/ou une créativité qui n’entre pas dans le moule scolaire mais qui peut être un atout majeur pour l’entrepreneuriat.
Nous avons déjà abordé l’atout de la neurodiversité dans cet article : La diversité cognitive dans l’entrepreneuriat.
Leur parcours malheureux d’une scolarité souvent agitée les pousse à développer des compétences pour gérer la frustration, poser d’autres questions, chercher des solutions originales et à penser « en dehors du cadre ».
« La folie c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent. » A. Einstein
Cette qualité qu’on appelle parfois la capacité d’innovation et d’adaptation peut les mener à réussir en tant qu’entrepreneurs ou à apporter un regard neuf et créatif au sein de leur entreprise.
Visuel IA d’un groupe aléatoire d’« underperformers » scolaires dans le monde professionnel
Le #bénef : une situation enrichissante pour les 2 côtés
Se retrouver dans une situation d’échec scolaire, de rejet systématique ou avec une estime de soi détruite pour toute autre raison n’est pas comparable à un rhume qui disparaît en une semaine. Notamment dans le cas de harcèlement, les acteurs pensent parfois que l’on pourrait tourner la page, tout oublier et avancer comme si de rien n’était, ce qui est loin d’être réaliste.
On en garde des séquelles, souvent à vie, séquelles qui peuvent être aggravées par le manque d’accompagnement professionnel. Tout le monde n’a pas le mental qui permet de tourner la page et d’avancer rapidement mais souvent il n’en faut pas beaucoup soutien d’externe pour trouver la force d’avancer sans se retourner.
En résumé, les avantages pour l’entreprise qui ose donner une chance aux underachievers (« sous-performants ») sont nombreux : Dans une idée un peu romantique, la première chose qui me vient à l’esprit est la fidélité et l’engagement, mais je dois avouer que la reconnaissance n’est pas monnaie et le deal n’est pas sûr. Les personnes qui ont dû lutter pour avoir une place en entreprise ont généralement tendance à rester plus longtemps, être plus investi, integre, ce qui peut être positif pour l’entreprise par rapport au coût du processus d’embauche mais aussi par rapport à la success story et donc la réputation de l’entreprise.
L’entreprise fera d’une pierre deux coups : en donnant sa chance à une personne en difficulté, elle bénéficie d’une occasion précieuse de tisser des liens solides avec un être qui a déjà vécu des situations extrêmes où il fallait faire preuve de flexibilité et d’adaptabilité.
Donner sa chance à une personne en difficulté, c’est avant tout investir dans un capital humain avec peu de risque si certains facteurs sont correctement pris en compte, notamment l’aspect psychologique, autrement dit la santé mentale.
Le prix à payer pour ces investissements est aujourd’hui souvent considéré comme « inapproprié » ou disproportionné, mais ils sont essentiels pour le bien‑être de tous à l’avenir. Le travail fait par l’homme dans un monde en constante évolution devient de plus en plus automatisé, voire remplaçable par la technologie. Les compétences demandées ne sont plus les mêmes. Par exemple, savoir écrire ou calculer n’est vraiment nécessaire que dans des cas très spécifiques et pourrait alors rester réservé aux personnes intéressées. Notre plus grande force sera de rester humains.
Ouvrir la porte aux jeunes en échec scolaire est un pari gagnant pour les entreprises. D’une part, c’est une marque de confiance envers des profils souvent sous‑estimés ; d’autre part, la récompense de cet engagement se traduit par la réputation de l’entreprise et la consolidation d’une équipe enrichie par la diversité.
La pédagogie participative pourrait être une piste pour éviter l’échec scolaire dans certains cas.
Article publié pour la première fois en novembre 2024 sur zaria.fr