Persona non grata : l’ennui au travail
L’ennui au travail : malaise collectif ou ressource oubliée ?
À la rencontre de l’ennui au travail. Étudions son origine, ses mécanismes et son impact sur les individus et l’organisation.
L’ennui, vous le connaissez. Vous l’avez déjà croisé, au plus tard pendant votre adolescence, vous vous rappelez? Il est beau, n’est-ce pas ? Non ? Il ne vous a donné aucune envie ? On vous a dit de l’éviter ? Mais pourquoi. L’ennui n’est pas votre ennemi, bien au contraire, il vient toujours avec une invitation et il vous appartient personnellement de l’accepter ou de la rejeter, quel que soit votre âge. Êtes-vous prêt pour l’expérience ?
Signal ambigu entre désengagement supposé et maîtrise réelle
© 2026 MyElf - L’ennui au travail
L’ennui est perçu comme signe de manque de motivation, comme une faute professionnelle, une anomalie nocive dans le champ des organisations performantes. Quand il s’exprime d’une manière ou d’une autre, il est avant tout aperçu comme manque d’implication. Ce rejet instinctif se comprend : dans ce contexte où la productivité est confondu avec l’intensité apparente du travail (« être occupé »), celui qui ose s’ennuyer s’écarte du modèle attendu et pire encore, manque de se montrer « solidaire » avec ses collègues éventuels. Ce jugement hâtif ignore la complexité du phénomène.
L’ennui peut aussi révéler autre chose : la maîtrise d’une fonction, une organisation personnelle efficace ou, plus subtilement, le désalignement entre le potentiel d’une personne et les exigences de sa mission. Ce sentiment ne traduit pas nécessairement un retrait, mais parfois un surplus de capacité en attente d’expression. Ne pas le reconnaître, c’est ignorer une occasion d’ajuster, de diversifier ou de repenser l’usage des talents au sein de l’entreprise.
Une peur apprise de l’ennui au détriment de ses bienfaits connus
La méfiance envers l’ennui trouve ses racines dans une “culture civilisée” qui valorise la structure plus que l’évolution, le “faire” plutôt que le “être”, qui confond mouvement et agitation avec développement, apparence avec être. En entreprise, cette logique se renforce à travers des codes tacites de disponibilité et performance continue.
© 2026 MyElf - L’ennui vu par l’entreprise
Paradoxalement, dans le domaine éducatif et psychologique, l’ennui est reconnu comme un espace constructif : chez l’enfant, on reconnait qu’il nourrit la créativité, la pensée autonome et l’imaginaire.
Ce contraste révèle une incohérence dans notre rapport à l’activité déjà abordée dans cet article (cliquer le lien pour acéder) sur la génération hypocrite. Ce que l’on encourage dans l’apprentissage est exactement ce qui est sanctionné dans le travail. - Pourriez-vous l’expliquer (justifier) en trois courtes phrases avec des mots simples ?
“La musique, c'est l'espace entre les notes."
- Claude Debussy
La recherche montre que les moments de moindre stimulation laissent place à une pensée profonde, à la consolidation du savoir, à l’émergence d’idées neuves. Contrairement à ce qu’on fait habituellement à/pour l’école (répétition), c’est la distance qui aide à comprendre. Dans l’art on le sait : ce qui est important, c'est l’espace entre les choses.
Loin d’être un vide à fuir, l’ennui agit alors comme une respiration de l’esprit, une source de régénération cognitive et de connexion. Tout comme une œuvre a besoin de “vide” pour se révéler, l’esprit a besoin de pauses entre les répétitions pour digérer l’information, solidifier les acquis et faire émerger de nouvelles connexions. C’est le principe des intervalles de consolidation, ou autrement dit le cerveau traite mieux les informations lorsque les phases d’exercice et les moments de repos (réflexion) sont alternées.
© 2026 MyElf - L’ennui arrive avec une invitation.
Le folklore coûteux de l’engagement ou autrement dit l’apparence maîtrisée
Confrontés à cette obligation d’activité continue, beaucoup apprennent à cacher leur ennui derrière une agitation artificielle : Les fameuses réunions qui pourraient être un mail, un texto, les échanges superficiels inutiles, la fragmentation des tâches, ou encore le micromanagement : autant de stratégies pour maintenir l’image du collaborateur dynamique. Chacun a ses raisons de participer ou non à cette comédie, ce qui leur est commun c’est le coût du temps perdu à faire semblant pour l’entreprise, qui dérange sauf si elle correspond au concept de l’entreprise - soyons honnêtes : vous aussi, vous ne choisirez pas le restaurant avec les places libres, mais celui avec la file d’attente, pas vrai ?
Individuellement, ces comportements peuvent être des gestes de survie ; collectivement, ils sont dangéreux aussi parce qu'ils sont contre-productifs. Ils génèrent une surcharge d’informations qui peut se traduire en perte de sens et fatigue diffuse paralysant, ou pire encore en interaction forcée “hors contexte” avec les collaborateurs - un corset clairement trop serré pour ceux qui ne viennent que pour travailler.
En ignorant l’ennui ou en le traitant comme un signal de défaut de machine (personnel), les organisations passent à côté d’un message important sur leur fonctionnement. L’accepter plutôt que le censurer serait l’occasion de réinterroger les logiques et la pertinence des processus, d’ouvrir des espaces de resonance, et d’évoluer vers une performance durable et plus humaine. Accueillir l’ennui pour ce qu’il est, ce n’est pas supprimer l’efficacité, mais au contraire l’amplifier en acceptant qu’elle se nourrit du silence aussi et non seulement du son.
Dans une idée plus générale, on s’étonne si souvent de ces jeunes en quête de stimulation constante mais on oublie très souvent que c’est nous qui les nourrissent à la hâte. Les jeunes ont un planning rempli du matin au soir 7J/7, en plus ils sont filmés, valorisés, conseillés et surveillés à chaque pas.
Nous avons oublié de nous écouter et laisser la place pour être - sans le chapeau du bienêtre, juste être comme être assis sur un banc et regarder la mer.
© 2026 MyElf - L’ennui arrive avec une invitation
Et vous, avez-vous déjà osé accepter pleinement l’invitation que vous a apportée l’ennui ? Quelle a été votre expérience, avec un peu de recul ? Vivez-vous mieux aujourd’hui ou avez-vous des regrets ? Ces regrets concernent-ils plutôt la réaction de votre ancienne entreprise ou le choix que vous avez osé faire ? Vous pouvez partager votre expérience par message privé ou email via ce site ou en commentaire sous le post de cet article sur mon LinkedIn. J’ai hâte de découvrir votre histoire. Merci de votre attention.
« L’ennui : la haine »